En annonçant en direct à la télévision jeudi dernier la disparition de la taxe professionnelle à l'horizon 2010 Nicolas Sarkozy a fait perdre toute illusion à ceux qui croyait encore à la liberté de réflexion de la commission Ballladur. Une réforme de plus sera donc imposé par le proconsul Sarkozy au mépris de tous les responsables politqiues qui souhaitaient sincèrement faire évoluer notre administration pour plus d'efficience et de pertinence au service de nos concitoyens.
En supprimant la taxe professionelle, en tarissant les ressources des collectivités locales, en amputant les budegts territoriaux de 28 milliards le président de la république veut anémier la fonction publique territoriale et les services publics à la population.
On croyait avoir connu depuis 50 ans tous les excès de pouvoir de la 5 ième République. C’était sans compter sur l’arrogance et l’impudence de Nicolas Sarkozy. Omni, super ou hyper président, il pousse à l’extrême la personnalisation et la centralisation du pouvoir. Après avoir capté les fonctions de premier ministre et de chef du gouvernement, expression du pouvoir exécutif, il est engagé dans une stratégie sans limite d’affaiblissement de tous les contre-pouvoirs et disons même de tous les expressions des pouvoirs de la République.
C’est le sens en particulier de ses mises en cause du pouvoir judiciaire.
C’est le sens de sa mise sous tutelle de la télévision.
C’est le sens de toutes les atteintes aux libertés publiques avec la judiciarisation sans précédent des luttes sociales.
C’est le sens du démantèlement des services de l’Etat. Pour ne prendre que l’exemple de l’Education nationale ou des hôpitaux.
Depuis son élection en 2007 le président Sarkozy s’attaque à tous les pouvoirs et à tous les contre-pouvoirs qui le dérangent.
La réforme annoncée des collectivités locales relève de cette même volonté et de cette même stratégie.
Mais Nicolas Sarkozy est un président habile. Il cache sa volonté de casse du service publique et d’élimination des contre-pouvoirs derrière des réformes. Et pour réformer il se saisit toujours d’une bonne question, comme celle des collectivités locales par exemple, par le petit bout démagogique de la lorgnette.
Il veut réduire le nombre d’enseignants et affaiblir l’école publique, il commence par libérer le samedi matin et assurer le service minimum en cas de grève.
Il veut soumettre la télévision publique et renforcer la télé privée, il décide de supprimer la pub. C’est démago et ça rapporte gros au privé.
Il veut remettre en cause l’indépendance des juges, il se sert de l’affaire d’Outreau pour justifier la fin du juge d’instruction.
Il veut faire taire le mouvement social, il fait poursuivre en justice un instituteur ici, un journaliste ou un étudiant là.
Et on va même jusqu’à limoger un préfet pour l’exemple.
Je ne suis pas loin de notre sujet, Mr le Président. Nous y sommes au contraire.
Car si la question de la réforme des collectivités soulevée par Nicolas Sarkozy et soumise à la commission Balladur ne manque pas d’intérêt en elle-même. Elle s’inscrit dans cette stratégie de déconstruction et je dirai même de casse de l’administration territoriale.
Sur ce thème de la réforme comme sur les autres la démagogie présidentielle est toujours là.
On annonce des économies pour la feuille d’impôt sans en prouver la véracité. On promet la simplification, la clarification des compétences, ainsi que la diminution du nombre des élus et des fonctionnaires territoriaux.
Comment être hostile à tant de promesses alléchantes pour l’électeur !
Il faut être suffisamment accroché à son fauteuil et suffisamment conservateur pour ne pas se laisser séduire par une réforme présentée comme urgente et nécessaire.
Et pourtant, comme moi nombreux sont les élus de toutes tendances politiques qui pensent qu’un remodelage de la structuration administrative de nos territoires mérite mieux que des annonces démagogiques et des calculs électoralistes.
Car ce qui se cache derrière ce projet élyséen, c’est une volonté farouche de revanche sur 2004 : cette année électorale où la gauche a remporté toutes les élections et en particulier de nombreux départements comme celui de la Loire-Atlantique, et la quasi-totalité des Régions.
On comprend que cela gêne Mr Sarkozy et l’UMP.
Alors non, je ne suis pas prêt à laisser détruire l’administration territoriale de la République pour des calculs politiciens.
Dans le contexte actuel où notre économie est confrontée aux affres de la logique libérale, le moment ne semble pas bien choisi pour mettre en cause une architecture administrative qui ne fonctionne pas si mal et qui est un moteur essentiel pour booster l’emploi local sans risque de délocalisation. Le moment n’est pas bien choisi pour remettre en cause à marche forcée une structuration des administrations locales alors que l’acte 2 de la décentralisation est à peine digéré.
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